Cadre et niveau de reconnaissance
La pharmacopée chinoise, comme l'ensemble de la médecine chinoise hors acupuncture, n'est pas une profession réglementée en France et ne fait l'objet d'aucune reconnaissance par les autorités sanitaires à ce jour (réponse ministérielle du 24 septembre 2013 citée plus haut). Une analyse juridique publiée dans les Cahiers de Droit de la Santé rappelle que l'exercice de la médecine constitue un monopole réservé aux professions de santé organisées (code de la santé publique, art. L.4161-1), ce qui expose la prescription de plantes chinoises hors de ce cadre à un risque de qualification d'exercice illégal de la médecine ou de la pharmacie, même si les auteurs notent que « les juridictions françaises appliquent cette législation de manière libérale ».
Le statut des plantes elles-mêmes est plus nuancé. Une partie des plantes utilisées en pharmacopée chinoise figure sur la liste A de la Pharmacopée française tenue par l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) — environ 490 plantes médicinales toutes traditions confondues (française, ultramarine, chinoise, ayurvédique), parmi lesquelles le Notoginseng, la Bistorte, le Carthame, la Sanguisorbe, le Schisandra ou l'Astragalus mongholicus ; la mise à jour de janvier 2026 y a ajouté plusieurs espèces d'Epimedium et le Phyllanthus emblica, utilisés en MTC. Deux régimes distincts coexistent ensuite : un médicament à base de plantes relève du droit du médicament et n'est dispensé qu'en pharmacie, tandis qu'un complément alimentaire à base de plantes relève d'une liste de 148 plantes autorisées hors du monopole pharmaceutique (décret n°2008-841 du 22 août 2008). Dans son rapport du 12 décembre 2018 sur les compléments alimentaires contenant des plantes, l'Académie nationale de Pharmacie relève que plusieurs espèces récemment inscrites à la Pharmacopée française, issues de la médecine chinoise ou ayurvédique, sont d'un usage peu répandu en Europe et que, pour plusieurs d'entre elles, « les données toxicologiques ne sont pas disponibles ».
Cette vigilance n'est pas seulement théorique : au début des années 1990, une confusion entre deux plantes aux noms chinois proches (Stephania tetrandra, substituée par erreur par Aristolochia fangchi, dont l'acide aristolochique est néphrotoxique et cancérogène) a provoqué une centaine de cas de néphropathie interstitielle en Belgique, dont une partie a évolué vers un cancer des voies urinaires ; l'ANSM a recensé sept cas en France sur la période 1989-1992. Ces plantes ont été interdites de production, importation, vente et détention par le décret n°98-397 du 20 mai 1998, complété par le décret n°2003-1048 du 3 novembre 2003. Plus largement, une étude publiée en 2015 par un pharmacien expert auprès de l'ANSM et de l'ANSES (revue Ethnopharmacologia) documente des cas récurrents de confusion de nomenclature entre appellations chinoises, d'adultération de préparations par des molécules de synthèse, et de contamination par des métaux lourds ou des pesticides dans certains lots de plantes chinoises importées.
Côté formation, le diplôme d'État d'herboriste n'est plus délivré en France depuis 1941 (réponse ministérielle au Sénat) ; les 148 plantes en vente libre depuis 2008 ne couvrent pas la pharmacopée chinoise dans son ensemble. Aucune certification RNCP ou du Répertoire spécifique portant spécifiquement sur la pharmacopée ou la phytothérapie chinoise n'a été identifiée au registre officiel de France Compétences : la seule fiche RNCP relative à l'herboristerie identifiée (RNCP 37980, « Paysan-Herboriste », niveau 5) couvre exclusivement la culture et la vente de plantes aromatiques et médicinales européennes dans le cadre légal français, pas la pharmacopée chinoise. Les formations privées en pharmacopée chinoise proposées par des écoles de médecine chinoise ne sont pas enregistrées au RNCP. La Fédération Nationale de Médecine Traditionnelle Chinoise (FNMTC, fondée en 1996) tient un registre de praticiens et d'écoles pour la MTC en général, sans section distincte dédiée à la pharmacopée ; aucune fédération dédiée exclusivement à cette discipline n'a été identifiée en France.