En quoi consiste cette pratique

Selon le Larousse, la psychanalyse est « une méthode d'investigation psychologique visant à élucider la signification inconsciente des conduites et dont le fondement se trouve dans la théorie de la vie psychique formulée par [Sigmund] Freud ». Le terme a été forgé par Freud en 1896 ; en 1923, il en donnait lui-même une définition en deux volets, reprise par la Société Psychanalytique de Paris (SPP) : « un procédé pour l'investigation de processus animiques, qui sont à peine accessibles autrement » (l'association libre) et « une méthode de traitement des troubles névrotiques » (fondée sur le transfert). La première société psychanalytique française, la SPP, est fondée le 4 novembre 1926 par la princesse Marie Bonaparte et un groupe de jeunes psychiatres.

Plusieurs courants se sont développés au sein du mouvement freudien : le courant kleinien, initié par Melanie Klein, et le courant lacanien, fondé par Jacques Lacan et présenté par les historiens de la discipline comme un « retour à Freud » plutôt que comme une école séparée. La psychologie analytique de Carl Gustav Jung, en revanche, est généralement considérée comme une école distincte, née de sa rupture avec Freud en 1913, plutôt que comme un rameau interne de la psychanalyse.

Ce que dit la recherche

En 2004, une expertise collective de l'Inserm, commandée par la Direction générale de la santé et deux associations d'usagers, a comparé l'efficacité de trois approches (thérapie d'inspiration psychanalytique, thérapie cognitivo-comportementale, thérapie familiale et de couple) sur différents troubles psychiatriques. Elle concluait notamment à une efficacité plus largement établie des TCC et des thérapies familiales sur l'ensemble des troubles étudiés que celle de l'approche psychanalytique dans la littérature alors disponible. Cette expertise a suscité une controverse majeure : elle a été retirée du site du ministère de la Santé par la ministre de l'époque, sans contre-expertise officielle publiée. L'année suivante, l'ouvrage collectif Le Livre noir de la psychanalyse (dirigé par Catherine Meyer, 2005) a relancé un débat public et éditorial vif en France, avec de nombreuses réponses publiées en retour — il s'agit d'un ouvrage de controverse grand public, pas d'une évaluation institutionnelle.

Plus récemment et de façon plus circonscrite, la Haute Autorité de Santé a mis à jour, le 12 février 2026, ses recommandations de bonnes pratiques sur le trouble du spectre de l'autisme (TSA) chez le nourrisson, l'enfant et l'adolescent. Pour la première fois, elle y classe explicitement la psychanalyse parmi les « interventions non recommandées » dans la prise en charge de ce trouble spécifique, faute de preuve d'efficacité suffisante — une évolution par rapport à 2012, où elle qualifiait ces approches de « non consensuelles ». Cette recommandation est spécifique au trouble du spectre de l'autisme : elle ne constitue pas un jugement de la HAS sur l'intérêt de la psychanalyse pour d'autres motifs de consultation (mal-être, questionnement existentiel chez l'adulte, etc.).

À qui elle s'adresse

D'après la SPP elle-même, la démarche s'adresse à des personnes qui perçoivent leurs difficultés comme ayant une origine intérieure et subjective : angoisses, inhibitions, conflits intérieurs, peurs irrationnelles, doutes obsédants, malaises sans cause organique identifiée, échecs relationnels répétés. La SPP insiste sur le fait que « la cure analytique ne se prescrit pas comme un médicament » : elle suppose un désir de connaissance de soi, évalué avec le praticien lors d'entretiens préliminaires. Au-delà de la seule diminution de symptômes, l'objectif avancé par la SPP est une meilleure « capacité à aimer et à travailler », par la prise de conscience de contenus psychiques jusque-là inconscients.

Compte tenu du point ci-dessus, la psychanalyse n'est pas recommandée par la Haute Autorité de Santé dans la prise en charge du trouble du spectre de l'autisme. Cette pratique ne remplace pas un avis médical : en cas de souffrance psychique importante, d'idées suicidaires ou de doute sur votre état de santé, consultez un médecin ou un psychiatre.

Comment se déroule une séance

Le cadre « classique » décrit par la SPP repose sur des entretiens préliminaires au cours desquels le praticien et la personne conviennent ensemble de la fréquence, de la durée et du coût des séances, puis sur un rythme pouvant aller jusqu'à 3 à 4 séances hebdomadaires pour une cure sur le divan, avec des séances généralement fixées à 45 minutes et une cure s'étalant le plus souvent sur plusieurs années. Des formats plus espacés, en face à face plutôt que sur le divan, existent également, notamment en psychothérapie d'inspiration analytique.

Sur la plateforme Paralib, les 85 praticiens actifs proposant la psychanalyse ont publié 110 prestations au total : la durée médiane observée est de 60 minutes (de 30 à 120 minutes selon les praticiens et les formules) et le tarif médian en cabinet s'établit à 60 €, dans une fourchette généralement comprise entre 15 € et 185 €. Ces chiffres, calculés sur l'ensemble des prestations publiées par ces praticiens (la plupart combinant souvent la psychanalyse avec d'autres approches psychothérapeutiques dans une même offre de consultation), reflètent des pratiques en cabinet libéral plus variées que le seul cadre classique décrit ci-dessus ; renseignez-vous directement auprès du praticien choisi pour le déroulé précis et le rythme proposé.

Cadre et niveau de reconnaissance

En France, le titre de « psychanalyste » n'est protégé par aucune loi ni aucun décret, contrairement aux titres de « psychologue » (réservé par l'article 44 de la loi n°85-772 du 25 juillet 1985 aux titulaires d'un diplôme universitaire spécifique) et de « psychothérapeute » (encadré par le décret n°2010-534 du 20 mai 2010, qui impose une formation en psychopathologie clinique et une inscription sur un registre national). Ce même décret cite d'ailleurs les psychanalystes, mais uniquement pour leur accorder une dispense partielle de formation en vue d'accéder au titre de psychothérapeute, sous réserve de justifier d'un enregistrement régulier auprès d'une association de psychanalystes — ce qui confirme, en creux, que « psychanalyste » reste un titre non réglementé par l'État, reposant sur une reconnaissance par les pairs.

Un diplôme universitaire existe néanmoins : le Master « Psychanalyse » (RNCP40026, niveau 7), délivré notamment par les universités Paris VIII Vincennes-Saint-Denis et Paul-Valéry Montpellier III, enregistrement actif jusqu'au 30 avril 2029. Il s'agit d'un diplôme à orientation recherche et clinique, distinct d'une autorisation d'exercer.

La reconnaissance professionnelle passe surtout par l'appartenance à une société ou une école de psychanalyse. Les trois sociétés françaises composantes de l'Association Internationale de Psychanalyse (IPA) sont la Société Psychanalytique de Paris (SPP, fondée en 1926), l'Association Psychanalytique de France (APF, fondée en 1964) et la Société Psychanalytique de Recherche et de Formation (SPRF, fondée en 2005, rattachée à l'IPA en 2015). Leurs parcours de formation, bien que non identiques, convergent sur des exigences communes : une analyse personnelle dite « didactique » (au moins 3 séances hebdomadaires pendant plusieurs années avant l'admission en formation pour la SPP), la supervision de plusieurs cas cliniques par un analyste superviseur, un enseignement théorique, et une durée totale de parcours généralement comprise entre 5 et 10 ans. L'École de la Cause freudienne (ECF, fondée en 1981 par Jacques-Alain Miller à la suite de la dissolution de l'École Freudienne de Paris créée par Jacques Lacan) propose un modèle de formation lacanien distinct, articulé autour de la cure personnelle, du travail en petits groupes (« cartels »), du contrôle (supervision clinique) et de « la passe », une procédure propre à ce courant.

Dans tous les cas, aucun ordre professionnel, aucun diplôme d'État et aucun contrôle administratif de l'État n'encadre l'exercice de la psychanalyse en tant que telle : la vérification du sérieux d'un praticien passe par son appartenance déclarée à une société ou école reconnue plutôt que par un titre légal.

Point de vigilance

Le rapport d'activité 2022-2024 de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), lu en intégralité pour la rédaction de cette page, indique que la santé et le bien-être sont devenus le premier motif de signalement reçu par la Miviludes, avec une progression continue (2 160 signalements en 2015 contre 4 571 en 2024). Le graphique n°9 de ce rapport (p. 94), portant sur les signalements et demandes d'information visant nommément des professionnels de santé, psychothérapeutes et psychologues, indique que 5 % d'entre eux concernent des psychanalystes — à comparer aux 29 % pour les médecins généralistes, 14 % pour les psychothérapeutes, 12 % pour les ostéopathes ou 4 % pour les kinésithérapeutes dans cette même catégorie.

Par ailleurs, une sénatrice a déposé le 23 novembre 2025 un amendement au budget de la Sécurité sociale visant à retirer de la prise en charge par l'Assurance Maladie les « actes et prestations se réclamant de la psychanalyse », motivé explicitement par les préoccupations autour de la psychanalyse dans le champ de l'autisme (cf. ci-dessus). Cet amendement a été retiré après un avis défavorable du gouvernement, la ministre de la Santé ayant jugé que ce texte budgétaire n'était « pas le bon outil » pour ce débat, tout en partageant les préoccupations exprimées sur l'autisme. Ce point illustre un débat institutionnel actif plutôt qu'une décision arrêtée.

Ces éléments ne visent pas à disqualifier la démarche dans son ensemble, mais à informer honnêtement : en l'absence de titre protégé et de contrôle d'État, il est recommandé de vérifier l'appartenance du praticien à une société ou école reconnue (cf. section précédente), et de rester vigilant face à toute promesse de résultat ou toute emprise relationnelle, comme pour toute pratique de bien-être ou d'accompagnement psychique. Cette pratique ne remplace pas un avis médical : en cas de symptôme ou de doute sur votre état de santé, consultez un médecin.

Remboursement

Les séances de psychanalyse ne sont pas prises en charge par l'Assurance Maladie, le titre de psychanalyste n'étant pas un titre réglementé. Certaines mutuelles proposent, selon les contrats, un forfait « psychologie » ou « bien-être » pouvant couvrir une partie du coût des séances : renseignez-vous directement auprès de votre complémentaire santé.