Qu'est-ce que la microkinésithérapie

La microkinésithérapie est élaborée à partir de 1980 par Daniel Grosjean et Patrice Benini, deux masseurs-kinésithérapeutes diplômés d'État également titulaires d'un diplôme d'ostéopathie. Selon la présentation qu'en fait l'organisme fondateur, la méthode postule que les tissus du corps humain seraient parcourus par un « rythme » qui mémoriserait les agressions subies (traumatismes physiques, chocs psycho-émotionnels), et que le praticien pourrait percevoir ce rythme par apposition des mains puis l'influencer pour favoriser des « mécanismes d'autocorrection » de l'organisme.

Ces principes sont ceux revendiqués par les fondateurs et leur organisme de formation ; à ce jour, ils n'ont fait l'objet d'aucune validation scientifique indépendante (voir ci-dessous).

Statut scientifique et avis de l'Ordre des masseurs-kinésithérapeutes

Le Conseil national de l'Ordre des masseurs-kinésithérapeutes classe la microkinésithérapie dans son « Tableau des techniques illusoires signalées au Conseil national », au niveau de vigilance le plus élevé. Selon ce tableau, ce niveau regroupe les techniques qui cumulent des alertes émanant d'instances scientifiques, un avis déontologique défavorable du Conseil national et des décisions disciplinaires confirmées en justice ; ces techniques ne disposent pas de validation scientifique dans le champ de la kinésithérapie et ne peuvent constituer ni une spécificité d'exercice ni un titre professionnel.

Un avis du Conseil national (n°2013-02), modifié et durci par un second avis (n°2020-01), porte spécifiquement sur la microkinésithérapie. Une sanction disciplinaire (suspension d'exercice de deux mois, dont un avec sursis, assortie d'une amende de 1 500 €) a été prononcée contre un masseur-kinésithérapeute pour avoir affiché et pratiqué la microkinésithérapie ; cette sanction a été confirmée par le Conseil d'État (arrêts n°440021 du 19/02/2021 et n°455120 du 20/12/2022) puis par la Chambre disciplinaire nationale (décision n°072-2022 du 16/10/2023).

Une analyse critique universitaire, réalisée dans le cadre d'un mémoire encadré par des enseignants-chercheurs de l'École de kinésithérapie du CHU de Grenoble affiliés au Collectif de Recherche Transdisciplinaire Esprit Critique & Sciences (CORTECS), conclut que les postulats fondateurs de la méthode n'ont pas été vérifiés et que, sur 43 études recensées évaluant son efficacité, seules 5 disposaient d'un groupe témoin. Le tableau de l'Ordre mentionne également que la microkinésithérapie a été citée dans un rapport du Sénat sur les dérives thérapeutiques et sectaires en santé.

Aucune étude sur la microkinésithérapie n'apparaît indexée dans PubMed, la base de référence de la littérature biomédicale internationale. Un essai clinique portant sur 29 patients existe, mais il n'est publié que dans une revue à faible diffusion et relayé uniquement par le site de l'organisme de formation lui-même : ce résultat isolé ne constitue pas une preuve scientifique indépendante et n'est pas retenu comme tel.

À qui s'adresse cette pratique

L'organisme de formation présente la microkinésithérapie comme pouvant intéresser des personnes concernées par des douleurs ou raideurs musculo-squelettiques, ou par des troubles fonctionnels du quotidien (sommeil, tension nerveuse) — des indications propres à cet organisme, non validées par une évaluation scientifique indépendante et à ne pas confondre avec des indications médicalement reconnues.

La microkinésithérapie ne constitue ni un diagnostic ni un traitement médical : elle ne doit jamais se substituer à un suivi ou un traitement prescrit par un médecin, en particulier chez l'enfant ou en présence de toute pathologie.

Comment se déroule une séance

Aucune source institutionnelle indépendante ne décrit le déroulé d'une séance. Selon l'organisme de formation, une séance dure environ 30 à 45 minutes : après un échange sur le motif de consultation, la personne s'installe sur une table ; le praticien recherche, par le toucher, des perturbations qu'il qualifie de « cicatrices » affectant les « rythmes vitaux » de l'organisme, et réalise le cas échéant une stimulation manuelle destinée à les corriger. Une fatigue passagère de un à deux jours est mentionnée comme possible par l'organisme. Le tarif d'une séance dépend de chaque praticien : consultez directement les fiches Paralib pour connaître leurs modalités.

Cadre & qualification

La microkinésithérapie n'est adossée à aucun diplôme d'État ni certification officielle : aucune fiche RNCP ou RS « microkinésithérapie » n'a été identifiée sur le répertoire de France Compétences. Selon l'organisme fondateur, la formation est ouverte aux professionnels de santé diplômés d'État (paramédical ou médical) ainsi qu'aux ostéopathes ; ce n'est donc pas une pratique réservée aux seuls masseurs-kinésithérapeutes.

Pour un masseur-kinésithérapeute en particulier, la microkinésithérapie ne relève pas du champ d'exercice défini par l'article L4321-1 du Code de la santé publique ni du programme de formation initiale de la profession : le Conseil national de l'Ordre n'autorise pas ses membres à s'en prévaloir dans la prise en charge des patients, et son usage a déjà donné lieu à une sanction disciplinaire confirmée par le Conseil d'État (voir ci-dessus). Comme pour toute pratique non réglementée, poser un diagnostic ou traiter une maladie sans être titulaire d'un diplôme de médecin est réprimé par l'article L4161-1 du Code de la santé publique (exercice illégal de la médecine). L'Ordre des masseurs-kinésithérapeutes a formalisé une convention de coopération avec la Miviludes en 2015 ; à ce jour, aucune mention nommée et indépendamment vérifiée de la microkinésithérapie n'a été identifiée dans le texte intégral d'un rapport Miviludes consulté directement.

Praticiens Paralib

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