En quoi consiste cette pratique
La posturologie est une démarche clinique, pluridisciplinaire par nature, qui s'intéresse à la manière dont le corps humain se maintient debout et se déplace, et aux mécanismes qui régulent cet équilibre. Le programme du Diplôme Inter-Universitaire (DIU) de Posturologie Clinique, coorganisé par les universités d'Aix-Marseille, Toulouse III, Sorbonne Université (Paris VI) et Grenoble, la définit comme l'étude des « activités posturo-cinétiques humaines » — posture, mouvement, locomotion, équilibre — de leurs dysfonctionnements liés au vieillissement ou à une pathologie, ainsi que des méthodes cliniques et instrumentales permettant de les évaluer. L'enseignement universitaire aborde en particulier le rôle des différents systèmes sensoriels dans la régulation posturale : le système vestibulaire (oreille interne), la proprioception (sensibilité des muscles, tendons et de la plante des pieds) et la vision.
Sur le plan historique, l'une des théories associées à la discipline, le « syndrome de déficience posturale », a été proposée en 1979 par un médecin portugais, Martins Da Cunha, qui suggérait qu'une altération de l'équilibre tonique, oculaire et postural pouvait être liée à certains troubles, notamment la dyslexie. Cette hypothèse a donné lieu à des approches de « traitement proprioceptif » (verres correcteurs prismatiques, semelles orthopédiques, petites surépaisseurs dentaires) dont l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a évalué l'efficacité en 2016 (voir la section « Sécurité et vigilance santé » ci-dessous).
Distincte de la posturologie clinique au sens large, la posturographie (ou stabilométrie) désigne l'examen instrumental : la personne se tient debout sur une plateforme de force qui mesure les oscillations de son centre de pression, afin de quantifier objectivement ses capacités d'équilibre. Cet acte fait l'objet, depuis décembre 2025, d'une évaluation par la Haute Autorité de Santé (HAS) en vue de son inscription à la liste des actes remboursables (voir plus bas).
À qui elle s'adresse
D'après le rapport d'évaluation de la HAS (décembre 2025), l'analyse posturographique instrumentale est utilisée dans la prise en charge des affections associées à une instabilité posturale, des troubles neurologiques ou vestibulaires, et chez les personnes âgées à risque de chute.
Plus largement, d'après les fiches des praticiens Paralib référencés sous cette spécialité, la posturologie est proposée par des professionnels aux formations très diverses — médecins (notamment médecins du sport), ostéopathes, chiropracteurs ou naturopathes — le plus souvent en complément de leur pratique principale plutôt que comme activité exclusive, ce qui correspond au public visé par les diplômes universitaires existants (voir plus bas). Ces praticiens présentent généralement un bilan postural comme utile en cas de douleurs posturales, de troubles de l'équilibre ou dans le cadre d'un suivi sportif ; il s'agit de ce que les praticiens déclarent proposer sur leur fiche, non de bénéfices validés par une étude clinique d'ensemble portant sur la posturologie en tant que telle.
Point de vigilance : un bilan postural réalisé par un professionnel non médecin ne constitue pas un diagnostic médical. En cas de douleur inhabituelle, de trouble neurologique (vertiges, chutes répétées) ou de suspicion de pathologie sous-jacente, consultez un médecin.
Comment se déroule une séance
Sur les 11 praticiens actifs référencés sous la spécialité « Posturologie » sur Paralib à la date de rédaction, les prestations déclarées sont hétérogènes (bilan postural, consultation d'ostéopathie ou de chiropraxie incluant un volet postural, consultation de naturopathie...) et ne permettent pas de dégager une durée ou un tarif type propre à un « acte de posturologie » isolé. L'un des praticiens référencés, médecin du sport et ostéopathe conventionné, propose une « consultation de bilan postural » facturée au tarif conventionné de secteur 1 (31,50 €), prise en charge dans le cadre du parcours de soins coordonné — un exemple qui illustre qu'un bilan postural réalisé par un médecin conventionné peut être remboursé par l'Assurance Maladie au même titre qu'une consultation médicale standard, en l'absence, à ce jour, d'une cotation spécifique dédiée (voir la section « Cadre et niveau de reconnaissance »). Pour les autres praticiens, renseignez-vous directement sur la durée et le tarif de la prestation proposée.
Cadre et niveau de reconnaissance
« Posturologue » n'est pas un titre professionnel réglementé en France : aucune loi ni aucun décret n'en réserve l'usage, et notre recherche dans le Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP, France Compétences) n'a identifié aucune fiche de certification dédiée à ce titre ou à cette activité.
La discipline dispose en revanche d'un ancrage universitaire réel, mais circonscrit à la formation continue de professionnels déjà diplômés. Plusieurs diplômes universitaires (DU) et diplômes inter-universitaires (DIU) existent, dont le DIU de Posturologie Clinique, coorganisé par les universités d'Aix-Marseille, Toulouse III, Sorbonne Université (Paris VI) et Grenoble (coordination nationale : Pr Dominic Pérennou) : une formation d'un an, 128 heures d'enseignement réparties en 4 séminaires, ouverte en formation initiale aux étudiants de troisième cycle des études de santé (médecine, odontologie, pharmacie) et aux étudiants de Master 2/doctorat en sciences de la vie, et en formation continue aux titulaires d'un doctorat en médecine, pharmacie ou odontologie ainsi qu'aux diplômés d'État d'exercice paramédical en exercice dans leur spécialité. Le document de présentation du diplôme précise explicitement que ce DIU « est destiné à apporter des connaissances fondamentales et pratiques mais ne constitue en aucun cas un diplôme d'exercice et ne valide pas une pratique clinique » : il s'agit donc d'un complément de formation pour des professionnels de santé déjà habilités à exercer, pas d'un diplôme donnant accès à une nouvelle profession.
L'Ordre National des Pédicures-Podologues (ONPP) recense, dans sa liste de diplômes universitaires reconnus et validés par le ministère de la Santé, plusieurs DU/DIU de posturologie (dont celui cité ci-dessus) au titre de la formation continue de ses membres — ce qui confirme que la posturologie est traitée, dans le cadre réglementaire existant, comme une compétence complémentaire acquise par des professionnels de santé déjà réglementés (médecins, pédicures-podologues...), plutôt que comme une profession autonome.
Sur le plan de l'acte instrumental, la posturographie sur plateforme de force fait l'objet, depuis un avis de la HAS du 18 décembre 2025, d'une évaluation en vue de son inscription à la liste des actes et prestations remboursables (nomenclature CCAM), à la demande du Collège de Coordination en Médecine Physique et de Réadaptation — une démarche d'évaluation en cours, qui ne signifie pas que l'acte est aujourd'hui reconnu comme remboursé de façon spécifique et généralisée.
Sécurité et vigilance santé
Une application particulière de la théorie posturale — le rattachement de certains troubles de l'apprentissage (dyslexie) à un « syndrome de déficience posturale » et son traitement par des dispositifs proprioceptifs (verres prismatiques, semelles, surépaisseurs dentaires) — a fait l'objet d'une évaluation de l'Inserm publiée en juillet 2016. Ce rapport conclut que les rares études disponibles (4 identifiées) sont d'une qualité méthodologique insuffisante pour se prononcer sur l'efficacité du traitement, souligne des difficultés d'observance importantes, et note que, si les données de sécurité disponibles sont globalement rassurantes, le traitement a été associé à une augmentation du retard de lecture dans environ 10 % des cas étudiés — une donnée que l'Inserm invite à interpréter avec prudence, tout en appelant à la vigilance compte tenu du jeune âge fréquent des patients concernés et de la difficulté à recueillir leur consentement. L'Inserm ne recommande pas, en l'état des connaissances, d'orienter les familles vers cette approche.
Nous n'avons pas identifié de rapport de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) mentionnant spécifiquement la posturologie ; ce point n'est donc pas documenté ici.
Mention de prudence
La posturologie ne remplace pas un diagnostic ni un avis médical. En cas de douleur inhabituelle, de trouble de l'équilibre, de chutes répétées ou de tout symptôme neurologique, consultez un médecin. Concernant en particulier les approches proposées à des enfants pour des troubles de l'apprentissage (dyslexie), l'Inserm souligne, dans son rapport de 2016, l'absence d'éléments factuels solides permettant de recommander une telle prise en charge.