En quoi consiste cette pratique
Le focusing est une méthode d'attention intérieure mise au point dans les années 1960-1970 par Eugene T. Gendlin (1926-2017), philosophe et psychologue américain, docteur en philosophie de l'Université de Chicago où il a enseigné de 1963 à 1995. À partir de 1953, Gendlin a mené une quinzaine d'années de recherche pour comprendre ce qui, dans le comportement du patient plutôt que dans la technique du thérapeute, distinguait les psychothérapies réussies des autres : il a observé que les personnes qui progressaient le mieux portaient spontanément leur attention sur une sensation corporelle vague et pré-verbale, qu'il a nommée le « felt sense » (ressenti corporel diffus). Il a ensuite formalisé cette observation en une méthode d'attention en plusieurs étapes, présentée dans son ouvrage à succès Focusing (1978). Gendlin a travaillé en lien étroit avec Carl Rogers, fondateur de l'approche centrée sur la personne (ACP), dont le focusing reste aujourd'hui souvent enseigné comme un prolongement.
À qui elle s'adresse
Le focusing est proposé, seul ou intégré à un accompagnement plus large (psychopratique, psychothérapie, relation d'aide), à des personnes en recherche d'un mieux-être psychologique ou émotionnel, ou souhaitant mieux identifier ce qu'elles ressentent face à une situation ou une décision. Il ne s'agit pas d'un acte médical : le focusing ne remplace pas, lorsqu'il est nécessaire, un suivi par un médecin ou un psychiatre — en particulier en cas de souffrance psychique intense, de trouble psychiatrique avéré ou d'idées suicidaires, qui relèvent d'une prise en charge médicale.
Comment se déroule une séance
Une séance de focusing s'appuie sur un temps d'attention silencieuse guidée par le praticien, invitant la personne à porter son attention sur les sensations corporelles associées à une situation ou une question qu'elle amène, sans chercher à les analyser ou à les nommer trop vite. Le focusing peut se pratiquer seul (auto-focusing) ou accompagné, en cabinet ou à distance ; il est fréquemment proposé par des praticiens en psychopratique/psychothérapie comme une technique parmi d'autres au sein d'un suivi plus large plutôt que comme une pratique isolée.
Cadre et qualification
Le focusing n'est pas une profession réglementée en France et ne fait l'objet d'aucun diplôme d'État : une recherche sur le registre officiel de France Compétences ne fait apparaître aucune certification RNCP ou du Répertoire spécifique (RS) dédiée au focusing. Les praticiens Paralib qui le proposent relèvent, selon leur profil, du cadre du psychopraticien (non réglementé) ou de professions réglementées (psychologue, psychothérapeute) qui l'utilisent en complément d'autres approches — voir la page dédiée Psychopratique / psychothérapie pour le détail de ces distinctions de statut. En France, l'Institut de Focusing d'Europe Francophone (IFEF) propose des formations au focusing associées à l'approche centrée sur la personne, labellisées Qualiopi (label qualité des organismes de formation délivré par l'État, qui porte sur le processus de formation et non sur une certification professionnelle du focusing lui-même), sur des formats allant de quelques jours à plusieurs mois selon le cycle suivi.
Sur le plan de la recherche, Gendlin a mis au point une échelle de mesure (l'Experiencing Scale) permettant d'évaluer le degré auquel une personne se réfère à son ressenti corporel en séance, et a montré, dans plusieurs études, une corrélation entre ce degré et l'issue positive de la psychothérapie ; il a été distingué à trois reprises par l'American Psychological Association pour ses apports au développement de la psychothérapie expérientielle, et a dirigé pendant de nombreuses années la revue Psychotherapy: Theory, Research and Practice de la division clinique de l'APA. Le focusing fait également l'objet de publications dans des revues francophones de psychologie clinique (Cairn.info, notamment sur son rôle au sein de la thérapie centrée sur la personne).