En quoi consiste cette pratique
Le mot « mycothérapie » figure au dictionnaire français depuis au moins 1972 : le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL) le définit, d'après le Larousse Médical de cette année-là, comme un « traitement par les substances sécrétées par les champignons » — une acception large qui, historiquement, pouvait recouvrir des substances comme certains antibiotiques d'origine fongique. L'usage actuel du terme, centré sur des champignons dits « médicinaux » (reishi, cordyceps, shiitake, maitake, chaga…) proposés en pratique de bien-être ou en complément alimentaire, est une évolution plus récente de la notion : nous n'avons pas identifié de source académique indépendante qui daterait ou attribuerait précisément cette évolution. Selon Wikipédia, l'usage traditionnel de certains de ces champignons (notamment le reishi) en médecine chinoise et japonaise remonterait à plusieurs siècles, et sa popularisation en Occident au tournant des années 1990-2000 est associée au mycologue américain Paul Stamets ; ces éléments proviennent d'une encyclopédie collaborative et n'ont pas pu être recoupés avec une source académique primaire, ils sont donc rapportés ici avec cette réserve plutôt que comme des faits établis.
À qui elle s'adresse
Les praticiens qui proposent un accompagnement en mycothérapie — le plus souvent des naturopathes — le présentent comme un soutien du bien-être général et non comme le traitement d'une maladie. Les champignons mis en avant sont habituellement consommés sous forme de compléments alimentaires (gélules, poudres, teintures), et non comme des médicaments : en France, aucun extrait de champignon de ce type ne dispose d'une autorisation de mise sur le marché (ANSM) à notre connaissance, à l'exception notable du PSK (polysaccharide-K, extrait de coriolus/Trametes versicolor), qui est un médicament approuvé au Japon comme adjuvant en cancérologie depuis les années 1970, sans équivalent autorisé en France ni dans le reste de l'Union européenne.
Les champignons les plus étudiés, et ce que dit la recherche
Plusieurs champignons reviennent le plus souvent dans cette pratique. Le niveau de preuve scientifique de leurs effets varie, mais reste partout limité :
- Reishi (Ganoderma lucidum) : une revue Cochrane (mise à jour 2016, 5 études) évalue son usage en complément d'un traitement du cancer ; elle rapporte une qualité de preuve « faible à très faible », avec une probabilité légèrement accrue de réponse à la chimiothérapie ou à la radiothérapie en association, mais pas d'effet significatif observé sur la taille des tumeurs lorsqu'il est utilisé seul.
- Cordyceps (notamment la souche Cs-4) : des essais randomisés de petite taille rapportent une amélioration de mesures de capacité aérobie (consommation maximale d'oxygène) chez des sujets âgés et chez des coureurs amateurs après plusieurs semaines de prise ; il ne s'agit pas de méta-analyses de grande ampleur.
- Coriolus/Trametes versicolor (PSK) : une revue Cochrane sur le cancer colorectal évoque un bénéfice de survie à 5 ans en association à la chimiothérapie, mais qualifie ce résultat de « très faible certitude » ; en dehors du contexte japonais où le PSK est un médicament approuvé, la littérature internationale disponible reste limitée.
- Hericium erinaceus (crinière de lion) : les données disponibles sont surtout précliniques (stimulation de facteurs de croissance nerveuse observée en laboratoire) ; les essais cliniques randomisés existants chez l'humain sont peu nombreux, de courte durée et aux résultats mitigés.
- Shiitake (Lentinula edodes) et maitake (Grifola frondosa) : de petits essais randomisés rapportent des effets sur certains marqueurs immunitaires ou sur des paramètres lipidiques, sans conclusion définitive établie à plus grande échelle.
- Chaga (Inonotus obliquus) : une petite étude humaine (8 semaines) observe une hausse de l'activité de certaines cellules immunitaires, mais ses auteurs eux-mêmes concluent que des essais de plus grande ampleur restent nécessaires.
Pour aucun de ces champignons nous n'avons identifié d'essai clinique de grande ampleur établissant une efficacité thérapeutique prouvée dans un usage de bien-être ou de complément alimentaire ; les revues Cochrane elles-mêmes, quand elles existent, qualifient la preuve disponible de faible à très faible.
Comment se déroule un accompagnement
Nous n'avons pas identifié de source indépendante (institutionnelle ou fédérale) décrivant de façon fiable le déroulé type d'un accompagnement en mycothérapie : les seules descriptions disponibles proviennent de sites commerciaux d'écoles ou de praticiens, écartées par principe pour cette page. Les praticiens actifs sur Paralib et les prestations qu'ils proposent, avec leurs tarifs, sont présentés ci-dessous.
Cadre et niveau de reconnaissance
La mycothérapie n'est pas une profession réglementée en France : notre recherche directe sur le registre officiel de France Compétences n'a fait apparaître aucune certification RNCP ou RS enregistrée sous les intitulés « mycothérapie » ou « mycothérapeute ». Nous n'avons pas identifié non plus de fédération ou d'association française spécifiquement dédiée à la mycothérapie de bien-être — seules des sociétés savantes de mycologie existent en France (par exemple la Société Mycologique de France, fondée en 1884, ou la Société Française de Mycologie Médicale), mais elles portent sur la mycologie classique ou sur les pathologies fongiques humaines, pas sur cette pratique de bien-être. Elle est le plus souvent proposée par des naturopathes, une activité elle-même non reconnue par l'État comme profession de santé.
Sécurité et interactions
La consommation de shiitake cru ou insuffisamment cuit peut provoquer une dermatite dite « flagellée » — une éruption cutanée prurigineuse en stries, apparaissant un à deux jours après l'ingestion. L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation (Anses) et la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) rappellent, dans un avis de toxicovigilance, l'importance de bien cuire ce champignon avant consommation, qu'il soit frais, séché ou en poudre — le mécanisme en cause serait une réaction d'hypersensibilité à un composant du champignon sensible à la chaleur (le lentinane). Le chaga, par ailleurs, présente un risque documenté par des cas cliniques d'atteinte rénale (néphropathie oxalique), en lien avec sa teneur élevée en oxalates. Le reishi et le cordyceps sont par ailleurs associés, dans la littérature scientifique, à un risque théorique d'interaction avec les traitements anticoagulants ou antiagrégants plaquettaires (risque hémorragique) et, pour le cordyceps, avec les traitements immunosuppresseurs, du fait de leurs effets rapportés sur la coagulation ou le système immunitaire — ces interactions justifient de signaler la prise de ces compléments à son médecin ou pharmacien en cas de traitement en cours.
Vigilance Miviludes
Notre recherche dans le guide « Santé et dérives sectaires » (2018) et dans le rapport d'activité 2022-2024 de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) n'a fait apparaître aucune mention nommée de la « mycothérapie » ou des « champignons médicinaux ». Cette absence ne vaut pas caution de la pratique : elle constate seulement l'état de la documentation publique consultée à ce jour. Le rapport 2022-2024 relève par ailleurs que la santé et le bien-être constituent le premier motif de signalement à la Miviludes, dans un contexte de hausse générale des signalements liés aux « thérapies alternatives ».
Prudence santé
Cette pratique de bien-être ne remplace pas un avis médical. En cas de symptôme, de grossesse, ou de traitement en cours (notamment anticoagulant, antiagrégant ou immunosuppresseur), consultez un médecin ou un pharmacien avant toute prise de compléments à base de champignons.