En quoi consiste la nutrithérapie

La nutrithérapie est définie par l'Encyclopédie Universalis comme un « traitement reposant sur l'utilisation d'aliments spécifiques pour les différentes affections », qui mobilise à visée thérapeutique des nutriments — acides aminés, acides gras, oses, vitamines, minéraux — plutôt que l'alimentation dans son ensemble ; cette même source classe la pratique parmi les médecines alternatives. Le terme est en France souvent associé au Dr Jean-Paul Curtay, qui présente avoir développé cette approche à partir d'une découverte faite en 1980 à l'université de Californie (UCLA) avant d'ouvrir l'une des premières consultations dédiées en France à la fin des années 1980. Cette généalogie provient toutefois de sources liées au praticien lui-même et à des organismes de formation qui lui sont associés : aucune source institutionnelle, académique ou journalistique indépendante consultée ne permet de la confirmer de façon autonome ; elle est donc présentée ici avec cette réserve plutôt que comme un fait établi.

Nutrithérapie et micronutrition : une frontière mal définie

Sur le terrain, les deux termes se recoupent largement, et aucune source institutionnelle ne trace entre eux une frontière nette. L'Institut Européen de Diététique et de Micronutrition (IEDM), association de professionnels de santé qui structure la formation en micronutrition en France depuis 1997, définit sa discipline comme centrée sur les micronutriments — vitamines, minéraux, oligo-éléments, acides gras essentiels, polyphénols — sans jamais employer le terme « nutrithérapie » dans sa présentation officielle. À l'inverse, certains organismes de formation privés utilisent les deux mots de façon interchangeable, ou présentent la micronutrition comme une composante de la nutrithérapie, sans qu'aucune autorité sanitaire (HAS, ministère de la Santé) ne vienne arbitrer cette question de vocabulaire. Ni l'une ni l'autre appellation ne correspond, en tout état de cause, à une discipline médicale reconnue en tant que telle : Paralib documente les deux comme deux entrées distinctes de son annuaire, reflétant l'usage du terme par les praticiens eux-mêmes, sans prétendre trancher une distinction que les sources fiables ne permettent pas d'établir clairement.

Comment se déroule une consultation

Aucune description indépendante et détaillée d'un déroulé type de consultation de nutrithérapie, émanant d'une fédération ou d'une autorité non commerciale, n'a pu être identifiée. Les praticiens du secteur proposent généralement un entretien portant sur l'alimentation, le mode de vie et les antécédents de la personne, pouvant déboucher sur des conseils alimentaires et, selon les cas, une orientation vers une complémentation. La durée, le déroulé précis et le tarif d'une séance varient selon le praticien et son mode d'exercice : ces informations figurent, pour chaque professionnel inscrit sur Paralib, directement sur sa fiche.

Cadre et niveau de reconnaissance

La nutrithérapie n'est pas une profession réglementée en France : aucun diplôme d'État ne l'encadre, et le titre de « nutrithérapeute » n'est pas protégé par la loi — à la différence du titre de « diététicien », réservé par le code de la santé publique (articles L4371-1 et suivants, issus de la loi n° 2007-127 du 30 janvier 2007) aux titulaires d'un diplôme d'État. Aucune certification RNCP active portant spécifiquement sur la nutrithérapie n'est enregistrée sur le registre officiel France Compétences ; la fiche la plus proche identifiée, « Expert en nutrition » (RNCP32219), est inactive depuis le 4 janvier 2022.

Une liste officielle du ministère chargé de la Santé, publiée sur Santé.fr, classe la « thérapie nutritionnelle » parmi les pratiques de soins non conventionnelles (PSNC) : des pratiques non reconnues scientifiquement par la médecine conventionnelle et non enseignées dans la formation initiale des professionnels de santé. Le Conseil national de l'Ordre des médecins, dans un rapport consacré aux PSNC et à leurs dérives (adopté en février 2023, publié en juin 2023), appelle à la vigilance face au développement non contrôlé de ces pratiques et aux risques d'exercice illégal de la médecine qu'il identifie. En pratique, la nutrithérapie est exercée aussi bien par des professionnels de santé (médecins notamment) ayant suivi une formation complémentaire, que par des praticiens non réglementés formés par des organismes de formation privés. Une association professionnelle, l'Union des Nutrithérapeutes Francophones (UDNF), basée en Belgique, se présente comme fédérant des praticiens « formés, certifiés et compétents » actifs en Belgique, en France et en Suisse ; il s'agit toutefois d'une structure privée, non reconnue par les pouvoirs publics français.

Vigilance sanitaire

Le guide « Santé et dérives sectaires », publié en 2012 par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) avec la Documentation française, consacre une fiche à la nutrition comme situation à risque : il documente le recours à des pratiques de « détoxination » (jeûnes modifiés, mono-diètes) comme facteur possible d'emprise, et cite notamment la condamnation, en juin 2005 par la cour d'assises de Quimper, de parents ayant imposé à leur nourrisson un régime alimentaire fortement carencé — présenté par les parents comme fondé sur la kinésiologie et sur des « lois biologiques » relevant d'un courant de médecine non conventionnelle — ayant contribué à son décès par malnutrition. Le terme « nutrithérapie » n'apparaît pas nommément dans ce guide, qui vise plus largement les pratiques de nutrition à risque ; cette absence de mention nominative est signalée ici plutôt que comblée par une extrapolation.

L'Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES), qui assure la nutrivigilance des compléments alimentaires, a recensé dans ses rapports 2023 et 2024 plusieurs centaines de signalements d'effets indésirables par an, dont des cas graves (troubles hépatiques, cardiaques) associés à certains ingrédients (monacoline K de la levure de riz rouge, curcumine à forte dose, p-synéphrine). Sur son site grand public, l'agence rappelle que pour une personne en bonne santé et sans carence documentée, les compléments alimentaires ne sont généralement pas nécessaires, tout en reconnaissant l'utilité d'une supplémentation ciblée dans des situations précises (vitamine B12 chez les personnes véganes, vitamine D chez le nourrisson, vitamine B9 en cas de désir de grossesse). L'Académie nationale de médecine, dans un communiqué de juillet 2022, recommande une utilisation « avec discernement » des compléments alimentaires, en particulier chez les populations fragiles (personnes âgées, enfants, femmes enceintes), et alerte sur le risque d'interactions avec des traitements médicamenteux.

La nutrithérapie, comme toute pratique de soins non conventionnelle, ne remplace pas un avis médical : en cas de symptôme, de maladie diagnostiquée ou avant toute modification importante de son alimentation ou toute prise de compléments, il est recommandé de consulter un médecin.

Nutrition & diététique, une profession réglementée distincte

Paralib référence par ailleurs, sous l'entrée Nutrition & diététique, les diététiciens-nutritionnistes diplômés d'État, professionnels de santé dont le titre est protégé par la loi et qui peuvent intervenir sur prescription médicale. La nutrithérapie, non réglementée, s'en distingue nettement sur le plan du cadre légal, même si les deux démarches peuvent se recouper dans les faits.